COP21 : Mais que vient faire le pape dans la galère climatique ?

  • 28 novembre 2015

Le 18 juin 2015, le Pape François ajoutait sa voix au débat par son encyclique désormais célèbre «Si laudato » (Loué Sois-tu) consacrée à l’environnement.

Ce document est un manifeste écologique reprenant en tous points les thèses du GIEC, un véritable « catéchisme » de la doctrine verte. Rien n’y manque : la nature est en péril, les espèces animales et végétales disparaissent, la mer monte, la pollution s’accroît, les cyclones et tornades se multiplient, le climat est dramatiquement bouleversé, les pauvres souffrent et vont devoir quitter leur pays, etc. Et surtout, l’homme est coupable. On retrouve là la doctrine verte la plus extrême, celle qui a conquis depuis une vingtaine d’années le monde occidental avec le puissant appui du GIEC, au détriment de la simple analyse des faits.

Et puis, il se dégage de l’Encyclique une autre conclusion. Le successeur actuel de Saint-Pierre n’est pas seulement profondément écologiste. Il se situe aussi à l’extrême gauche de l’échiquier politique. Ce sont les « Puissants » qui sont responsables, les « intérêts du marché divinisé », qui détruisent l’environnement, et ceci au détriment des plus pauvres qui s’enfoncent dans la misère. Là aussi, on reconnaît sans peine la prédominance d’idées reçues au détriment des faits. Le Pape François est donc écologiste et ses convictions politiques sont de surcroît clairement de gauche sinon gauchistes.

Heureusement, d’autres points de vue peuvent coexister au sein de l’Église, à commencer par celui de l’ancien pape. Voici ce qu’il a écrit alors qu’il était encore le Cardinal Ratzinger :

« Le Club de Rome, par son grand cri d’alarme sur les limites de la croissance a ébranlé jusque dans ses fondements la croyance dans le progrès. Il a conçu sa critique de la civilisation, devenue un véritable courant intellectuel, comme une critique du christianisme, qui serait à la racine de cette civilisation du pillage. Aujourd’hui se dessine ainsi une nouvelle attitude nocive, une mentalité qui considère l’homme comme un trouble-fête qui abîme tout, un cancer, le véritable fléau de la nature. L’homme ne s’aime plus lui-même. Il voudrait se retirer de la scène afin que la nature puisse retrouver la santé.

Mais ce n’est pas ainsi que nous rétablirons le monde. Car en ne voulant plus de l’homme que lui-même a voulu, nous nous opposons au Créateur. Nous ne purifions pas le monde, mais nous nous détruisons, nous et sa création. Nous lui enlevons l’espérance qui est en elle, et la grandeur à laquelle elle est appelée ».

Ces citations témoignent donc d’une vision des relations entre l’homme et la nature en totale opposition avec celle que professe le Pape François. S’il fallait avoir une preuve que le débat reste ouvert au sein de l’Église catholique, elle serait enfin fournie par les déclarations dépourvues de la moindre ambigüité du Cardinal Pell, présenté comme le n°2 de l’église, le 17 juillet 2015.

Après avoir rendu un hommage de façade au document papal en affirmant qu’il contenait de très belles parties, il en réduisit la valeur à néant en déclarant que «L’Église n’a pas d’expérience particulière dans le domaine de la science », déniant ainsi toute valeur aux multiples prises de position du document papal sur les causes et les conséquences des changements climatiques, et sur la responsabilité des activités humaines à leur égard. Il faut dire que le Cardinal Pell s’était investi de longue date dans le dossier du climat avant d’arriver à la conclusion que l’essentiel des idées qui avaient cours n’avaient aucun fondement scientifique solide. Dans une conférence prononcée à Londres le 26 octobre 2011, il avait déjà notamment déclaré :

« La science et la technique ont largement maîtrisé la nature par des actions locales, mais il y a une limite à ce que peut obtenir l’action humaine au niveau mondial. À un moment, tout en voulant bien faire, cette dernière peut devenir antiéconomique, inefficace et immorale, et seulement créer le désordre. Ne se souvient-on pas de tout ce que les experts nous ont fait dépenser sans raison pour aboutir au fiasco du « bug » de l’an 2000 ?

L’opinion à la mode affirme que « la science a parlé » et que le réchauffement climatique est définitivement prouvé, avec comme cause principale les émissions de CO2, et des appels en conséquence sont lancés pour obtenir un consensus de la communauté scientifique. C’est là une erreur fondamentale, scientifiquement et philosophiquement, un moyen d’éviter de poser les vraies questions.

L’appel au « consensus scientifique » n’est qu’un appel à l’autorité, ce qui est totalement inapproprié lorsqu’il s’agit de science ou de philosophie. Mes suspicions à l’égard des thèses « officielles » se sont accrues au cours des années récentes lorsque j’ai constaté l’approche totalitaire des partisans du réchauffement climatique à l’égard de ceux qui ne partageaient pas leurs vues. Ceux qui sont sûrs d’eux-mêmes n’ont pas besoin d’être excessifs. Qualifier ses contradicteurs de « négationnistes » est une injure qui fait délibérément référence à ceux qui nient l’Holocauste, et n’est en rien une manière utile de traiter des participants à un débat de bonne foi. Les coûts financiers immenses que les « vrais croyants » dans les thèses officielles (true believers) voudraient imposer aux économies du monde entier peuvent être comparés aux sacrifices offerts traditionnellement dans beaucoup de religions, et la nature des crédits de carbone à celle des indulgences avant l’époque de la Réforme. Il arrive même que certains, parmi les plus éduqués et les plus intelligents, deviennent de brillants et dangereux irresponsables, tout particulièrement lorsqu’ils sont saisis par une cause apparemment bonne. Je leur demande à la place de faire preuve de bon sens, de ce que les hommes du Moyen-âge appelaient à la suite d’Aristote de la prudence. Avant de prendre des décisions aux conséquences économiques lourdes, nous devons être certains de les fonder sur des motivations scientifiques adéquates, et le plus important est alors de distinguer le vrai du faux ».

Tout est dit. Il n’y a rien à ajouter aux déclarations de celui qui est aujourd’hui l’un des plus proches collaborateurs du Pape François, sinon que ses entretiens avec celui-ci ne doivent guère porter sur l’environnement… Les voies du Seigneur sont parfois impénétrables. Quant à la masse des Français, elle estime avec bon sens que le Pape n’a pas la compétence scientifique voulue pour traiter du changement climatique. Mais qu’allait donc faire le pape dans cette galère ?

 

CLUB DANTON

Ce texte s’inspire du dernier ouvrage de Christian Gérondeau : « Climat : J’accuse ».

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2 commentaires actuellement

  1. Le mieux, c’est de lire l’encyclique, ce que je n’ai pas encore fait mais que je vais faire pour avoir une vue directe de son contenu effectif.
    Toujours est il que le Pape François n’a pas érigé en dogme l’hypothèse (à mon sens complètement loufoque) du CO2 responsable de ‘effet de serre et du réchauffement climatique. Il est donc permis aux catholiques de ne pas y adhérer.
    Ce qui me trouble dans cette fin de papauté(fin, si l’on se réfère à la liste de Saint Malachie), c’est le rapprochement avec la vision de Saint Pie X sur son lit de mort, voyant un de ses successeurs, du même prénom que lui, abandonner ses frères
    Or Saint Pie X avait pour prénom (de naissance) Guisseppe, autrement dit Joseph, tout comme son successeur ultérieur Benoit XVI (Joseph Ratzinger)…

  2. Très intéressant .

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