« La Vérité, l'âpre Vérité »

Le rêve de la réindustrialisation française

  • 15 janvier 2019

La France a été un des grands pays industriels d’Europe avec une part de l’industrie au-dessus de 20% de son économie. L’industrie ne représente plus aujourd’hui que 12% de l’économie française et les emplois industriels ont chuté de 6 à 2,4 million. Et ceci sans compter les emplois induits puisque tout emploi industriel génère en moyenne deux emplois additionnels dans l’économie.

Une partie de cette catastrophe peut être imputée à la fiscalité confiscatoire sur le capital (ISF et droits de succession) qui a fait fuir les capitaines d’industrie, les entrepreneurs et même une partie des cadres dirigeants. Au total on peut considérer que l’ISF a privé la France de plus de 100 milliards de recettes fiscales depuis son instauration.

Une autre raison profonde de ce déclin est la politique socialiste de l’enseignement qui a encouragé des millions de jeunes français et françaises à étudier des disciplines socio-économico-littéraires sans débouchés réels dans l’économie. Comme l’avait dit Mme Aubry, « les études supérieures ne sont pas faites pour se former à un métier mais pour acquérir une culture ». La France a ainsi formé une foule de bac+3/4/5 sans aucun acquis technique qui ne pouvaient pas contribuer à l’expansion de l’industrie. Le pays a ainsi dû créer des emplois administratifs, pour l’essentiel dans la fonction publique, sans grande valeur ajoutée.

Enfin l’industrie française est beaucoup trop taxée pour pouvoir s’en sortir seule. Le taux de profit net sur valeur ajoutée de l’industrie est passé de 17% en 2000 à 5% aujourd’hui. Près de 80% de la valeur ajoutée créée par un industriel en France est ponctionnée par les prélèvements salariaux et les taxes de production. La même activité aux USA a un taux de prélèvement divisé par deux. Le capital industriel (cumul des investissements – dépréciation) a chuté de 32% entre 2000 et aujourd’hui. Le sous-investissement est ainsi de près de 60 milliards par an par rapport à la simple dépréciation des actifs.
L’industrie française est ainsi prise dans un étau : elle est en sous-investissement chronique mais ses marges faibles ne lui permettent pas de rémunérer le risque lié à l’investissement.

Pourtant la désindustrialisation n’est pas une fatalité. La part de l’industrie dans l’économie allemande est ainsi restée stable à environ 23% du PIB. Plus spectaculaire encore est l’exemple des Etats-Unis qui ont réussi en une dizaine d’années à inverser le déclin de leur industrie grâce notamment à une énergie bon marché mais aussi à une politique vigoureuse de soutien à l’investissement.

Pour réindustrialiser la France et revenir vers une part de 20% de l’industrie dans l’économie française, il y a plusieurs fronts à ouvrir et de nombreuses batailles à gagner.

Premièrement, dans un pays aussi étatisé que la France où la dépense publique représente 57% du PIB, l’impulsion doit venir de l’état. Il faut ainsi commencer par créer un grand ministère de l’Industrie et de l’énergie qui aura pour vocation de mettre l’intérêt de l’industrie française au cœur de toutes les politiques publiques. Ce grand ministère doit être aux mains des ingénieurs et des bâtisseurs et non à celles des énarques, des rêveurs ou pire des écolos tenant de la décroissance et de la désindustrialisation… Nos ingénieurs sont parmi les meilleurs au monde mais la bureaucratie française a construit autour d’eux un mur de normes, de contraintes et de procédures qui les empêchent de travailler. Le parc nucléaire français de 58 tranches a été construit en 7 ans alors que nous n’arrivons plus à construire un EPR en 10 ans. Les chinois nous ont pourtant montré que l’EPR était parfaitement bien conçu.
Deuxièmement notre enseignement doit revaloriser la technique à tous les étages qu’il s’agisse de l’apprentissage, des filières de Bac+2 technique ou encore des écoles d’ingénieurs. Il manque à la France – en comptant ceux qui s’expatrient – 10 000 ingénieurs par an. Il faudrait ainsi créer 50 nouvelles écoles d’ingénieurs en prenant en compte qu’il faut au moins 5 ans pour cela. Il faudrait aussi et surtout inciter beaucoup plus de jeunes français à choisir les filières techniques après le bac alors que beaucoup trop partent dans les filières littéraires. C’est souvent le choix de la facilité car la technique est plus exigeante et surtout elle ne permet pas de faire illusion…

Le troisième volet est une trajectoire de réduction des charges pesant sur l’industrie et de soutien à l’investissement industriel. Les taxes de production représentent à elles seules environ 70 milliards de handicap par rapport à l’économie allemande, plus par rapport aux USA. Si on y ajoute les charges salariales le handicap de l’industrie française par rapport à l’Allemagne ou aux USA dépasse très largement les 100 milliards. Comme on ne peut trouver un tel montant rapidement il faut une trajectoire de réduction sur 5 à 10 ans. Mais l’objectif c’est bien 100 milliards. Quand on connait les ordres de grandeur en jeu, les récentes propositions de Lemaire pour réduire les taxes de production de 250 millions font sourire !
Tant que les taxes seront élevées, pour que l’industrie puisse investir, il faut soutenir l’investissement. Plusieurs mécanismes peuvent être imaginés et le suramortissement que Macron avait mis en place quand il était ministre est une bonne mesure. Dommage qu’il l’ait supprimée ! On pourrait aussi considérer que l’argent qui est réinvesti dans l’outil industriel – par opposition à celui qui est distribué en dividendes – vient réduire les impôts.

Une quatrième mesure, plus forte et plus structurelle, serait la création en France de zones industrielles de taille mondiale prééquipées en infrastructures de transport et d’énergie situées dans 2 ou 3 ports et dans 3 ou 4 villes. C’est ce que la Chine ou l’Inde ont fait. Mais quand on parle de zone industrielle, en France on compte en hectares alors qu’en Chine on parle en km2. Une petite zone en Chine c’est 5 km2, une grande c’est 50 km2. Pour que ces zones se développent, il faudra attirer les investisseurs internationaux par des conditions très favorables : exonérations fiscales et de charges pendant 5 à 10 ans, soutien à l’investissement, accélération des procédures d’obtention de permis, prêts à taux réduits, … Pour cela il faudra se battre très fortement contre les tenants de la décroissance – très nombreux en France – et contre l’Europe qui interdit toute subvention et n’a aucune politique industrielle.

Réindustrialiser la France est possible mais les efforts sont gigantesques.

Il faut réduire les charges sur l’industrie de 100 milliards et il faut arriver à investir 100 milliards par an.

Faire croire que le problème peut se régler par des mesurettes – comme celles que nous propose Lemaire – est non seulement absurde mais mensonger. On cherche à endormir les français alors que le pays va dans le mur. Mais qui va le dire, à part nous, et qui va le croire, à part vous…

Car la France est le pays de l’autruche…

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  1. Rien n’est tout à fait faux ni tout à fait juste.
    La désindustrialisation à commencée après les années 68 surtout début 70 quand l’Etat et les collectivités locales ont commencées à distiller petit à petit de nouvelles taxes et contraintes et ce dans tous les domaines. Tout le reste c’est de la foutaise. Les grands groupes avaient tous leur centre de formation, les bons professionnels avaient des objectifs. Aujourd’hui on les remplace pare des imbéciles avec de gros diplômes incapables de travailler ou de savoir gérer une équipe. On leur enlève leur PC ils sont à poil. Taxes et contraintes sot les seuls responsables. A savoir que beaucoup de contraintes ont été mises en place par des parasites et fainéants pour leur bon plaisir et pour se faire du fric sans trop de fatigues. Et comme il faut les payer, il faut de nouvelles taxes et ainsi de suite.

  2. Nous avons,certes, pèché par discrétion, mais certains secteurs industriels sont en France loin d’être confidentiels:
    – Grand Sud Ouest : Aéronautique, Spatial, mécanique de précision
    – Rhone Alpes:
    1)chimie industrielle, pétrochimie, Génie biologique
    Nucléaire, Electronique de pointe
    2)massif central-centre: grosse compétition mondiale
    Pneumatique et caoutchouc
    – Saone:
    Métallurgie de spécialité: Forges, Tubing, construction
    lourde
    -Vallée de La Loire:
    Cosmétic Valley
    -Centre et Nord Est:
    Spécialités Agricoles et Céréalières Très mécanisées
    -Bourgogne,Provence,Roussillon, Bordelais:
    Spécialités Viti, vinicoles
    -Nantes Saint Nazaire:
    Construction Navale, Manutention Lourde
    -PACA & Nord:
    Notre sidérurgie souffre certes, mais coulées continue et
    aciers spéciaux ont leur chance.
    Quant au Spatial, PACA a des cartes à jouer: Calculateurs,
    optique.
    Industrie Hotelière de Haut Niveau également en PACA.
    Pôles logistiques manufacturiers:
    Grands Axes, riches en sous-traitances mais loin de tout,
    il faut une voiture sinon rien.
    Ile de France a également de grandes spécialités
    technologiques,jusque dans la mode mais doit se libérer dee son
    carcan périphérique, et politique.
    Le problème n’est pas dans les métiers ni dans les compétences, mais dans la non-transversalité des infos: Communication, foisonnement des formations bidonnées (…et subventionnées), Pôle emploi n’est plus qu’une caisse enregistreuse trop coûteuse et dépassée. De plus, Ed.Nat.
    a négligé les Entreprises et l’expression de leur besoin dans sa réflexion Formation Apprentissage.Les Régions ont un rôle à jouer et pas que de courroie de transmission.
    Prolème de la Mobilité et de son coût…d’Ascenseur Social.

  3. merci aux 10 derniers prèsidents ??

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